Matérialiste gourmande

Ma colloc, qui a plein de belles qualités sauf celle d’être délicate, a abîmée une de mes tasses préférées. J’y pense encore. En fait, il y a eu 2 verres (morts), une tasse et une assiette. Je sais que ce n’est pas dramatique, qu’il existe de réelles tragédies, mais dans mon monde à moi, c’est tragique. Je vous explique. Quand quelqu’un perd, casse ou abîme un de mes objets, c’est comme si je perdais un membre. C’est comme si j’étais l’objet abîmé et que j’avais une plaie à aire ouverte, comme ma tasse écorchée vive, les entrailles apparentes.

Ça vient titiller mes notions de trahison et de sécurité. Je ne veux pas prêter mes choses parce que je ne fais pas confiance aux autres, et quand je baisse ma garde et que je prête quelque chose, la personne le casse ou l’abîme, ce qui confirme que les autres ne sont pas digne de confiance. C’est un pattern qui me cause beaucoup de souffrance. Revenons à ma tasse. Étant donné que mon ressenti envers cette tasse est intense et démesuré, j’ai tenté de l’expliquer. Je me suis rappelé un extrait du livre de Marie Kondo, la reine du rangement et du minimalisme. Elle nous partage ceci:

“ I did not like being dependant on others, found it hard to trust them, and was very inept at expressing my feelings. Because I was poor at developing bonds of trust with people, I had an unusually strong attachment to things. I think that precisely because I did not feel comfortable exposing my weaknesses or my true feelings to others, my room and the things in it became very precious. I did not have to pretend or hide anything in front of them. “

Exactement. Je peux être totalement moi-même avec mes objets. Ils sont parfaitement prévisibles. Ils me réconfortent dans mon illusion de permanence et de contrôle. Quand l’un d’eux casse, mon monde s’écroule. Comment ça tu me laisse tomber, tasse adorée, serais-tu devenue humaine ? Je savais que tu allais finir par me trahir à ton tour. Comme vous pouvez le constater, j’ai des blessures d’enfance profondes et handicapantes. Les humains me rendent inconfortables : les non-dits, les attentes, la transgression de limites, les émotions changeantes. Tu ne sais jamais à quoi t’attendre; il faut être alerte.

* Attention : végétariens s’abstenir *

Une de mes expériences sensorielles favorites est de manger un poulet BBQ chaud acheté à l’épicerie à mains nues. Je baise mon poulet. Je mords la chair à pleines dents, le gras dégouline le long de mes doigts, mes papilles gustatives imbibent le gras et le sel qui lubrifient l’intérieur de mes lèvres et une bonne partie de mon visage. Le temps n’existe plus.

Voyez-vous, mon poulet ne me juge pas, ne réagit pas, ne pense pas et n’essaye pas d’obtenir quelque chose de moi. Je peux me concentrer sur mon plaisir. J’espère pouvoir vivre ça un jour avec un poulet grandeur nature. (Précision : non, je ne suis pas vierge, juste affamée).

Publié par odilejoron

Designer / artiste

Un avis sur “Matérialiste gourmande

  1. L’expérience de manger avec ses mains, sans ustensiles, rend l’affaire tellement plus plaisante et sensorielle, je suis bien d’accord avec toi! Tu connectes avec ta bouffe, y’a pas une distance polie entre vous deux.

    Pour la tasse, fais du Kintsugi! Elle va être encore plus précieuse. Ou si ce n’est pas possible de la recoller pour en faire une tasse fonctionnelle, peut-être peux-tu la recycler dans un projet artistique? En faire des pièces d’un mobile? L’intégrer dans un terrarium?

    Aimé par 1 personne

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